“À s’en brûler les ailes” : Quand la passion pour le travail devient souffrance

 Sept femmes brisent le silence sur l’épuisement professionnel

Vous connaissez cette sensation ? Cette passion dévorante pour votre métier qui vous pousse à toujours donner plus, à voler toujours plus haut, plus près du soleil… jusqu’au jour où vos ailes se consument. C’est exactement ce que raconte “À s’en brûler les ailes”, un ouvrage bouleversant qui donne la parole à sept femmes ayant vécu l’épuisement professionnel dans leur chair.

 Un livre né d’une rencontre fortuite

L’histoire de ce livre est aussi touchante que son contenu. Sept femmes, aux parcours et aux métiers différents, se rencontrent par hasard lors d’un atelier animé par des assistantes sociales. Elles ne se connaissent pas, mais elles partagent toutes la même blessure : avoir trop aimé leur travail au point de s’y perdre.

De cette rencontre naît une solidarité inattendue. Ces femmes – Anne-Marie, Corinne, Emma, Héloïse, Lucie, Sarah et Valérie – décident de transformer leur douleur en force. Elles prennent la parole, puis la plume, pour écrire ensemble ce témoignage collectif qui pourrait sauver d’autres vies professionnelles.

 Quand l’amour du métier devient un piège

“C’est le métier qui me convient, que j’aime, passionnément, que j’ai voulu, comme une vocation.”

Cette phrase, qui ouvre l’une des présentations du livre, résonne comme un écho familier pour beaucoup d’entre nous. Qui n’a jamais ressenti cette fierté de travailler dans un domaine qui nous passionne ? Qui n’a jamais pensé : “Moi, le burn-out, c’est pour les autres” ?

Le piège se referme lentement, insidieusement. La charge de travail s’intensifie, les heures s’allongent, les conflits se multiplient, mais on continue. On serre les dents, on fait face, on vole toujours plus haut… jusqu’au jour où le corps dit stop.

 La souffrance au travail ne connaît pas de frontières

L’un des enseignements les plus frappants de ce livre, c’est l’universalité de la souffrance au travail. Les sept récits présentés couvrent des secteurs professionnels variés, prouvant que l’épuisement peut frapper n’importe où :

– Dans le public comme dans le privé- Chez la débutante enthousiaste comme chez la professionnelle expérimentée- Peu importe le type d’organisation ou de métier

Cette diversité fait la richesse du témoignage : chaque lecteur peut potentiellement se reconnaître dans l’un de ces parcours.

 Un message d’espoir et de prévention

Mais “À s’en brûler les ailes” n’est pas qu’un catalogue de souffrances. C’est avant tout un cri d’alarme bienveillant, un message de prévention porté par ces sept femmes qui ont traversé l’épreuve.

Leur conviction, martelée tout au long du livre : **écouter son corps, prendre soin de soi**. Des mots simples, évidents en apparence, mais si difficiles à appliquer dans une société qui glorifie la performance et l’abnégation professionnelle.

 Une démarche collective porteuse de sens

Ce qui rend ce livre particulièrement précieux, c’est sa dimension collective. Ces femmes ne se contentent pas de témoigner individuellement : elles font de l’écriture un acte de soin mutuel, un moyen de se reconstruire ensemble.

En passant de la parole à l’écriture, elles transforment leur expérience traumatisante en outil de prévention pour d’autres. C’est un bel exemple de résilience collective, où la blessure partagée devient force commune.

 Un ouvrage soutenu par des experts

Le sérieux de cette démarche est confirmé par la qualité de son encadrement académique et institutionnel :

– **Préface de Pascale Molinier**, professeure de psychologie sociale, spécialiste reconnue des questions de travail et de genre- **Avant-propos de Chloé Duval et Marylène Nicolle** de la Carsat de Normandie, institution clé dans la prévention des risques professionnels

Cette caution scientifique et institutionnelle donne une crédibilité supplémentaire aux témoignages et souligne l’importance de cette problématique de santé publique.

 Pourquoi lire “À s’en brûler les ailes” ?

Dans une époque où les questions de qualité de vie au travail sont plus que jamais d’actualité, ce livre offre :

### Pour les professionnels

– Des signaux d’alerte à reconnaître- Des stratégies de prévention concrètes- Une réflexion sur l’équilibre vie professionnelle/personnelle

### Pour les managers et employeurs

– Une compréhension des mécanismes menant à l’épuisement- Des pistes pour repenser l’organisation du travail- Un éclairage sur l’impact humain des dysfonctionnements

### Pour l’entourage

– Des clés pour détecter les signes chez ses proches- Des moyens d’accompagner sans juger- Une meilleure compréhension de cette souffrance invisible

 L’importance de briser les tabous

En choisissant de témoigner, ces sept femmes participent à lever un tabou encore bien présent dans notre société. Parler de souffrance au travail, c’est souvent être perçu comme “faible” ou “inadapté”. Pourtant, comme le montre ce livre, il faut parfois une force extraordinaire pour reconnaître ses limites et demander de l’aide.

 Un titre métaphorique puissant

Le titre “À s’en brûler les ailes” fait évidemment référence au mythe d’Icare, ce personnage qui voulut voler trop près du soleil et dont les ailes de cire fondirent. Cette métaphore est particulièrement parlante pour décrire l’épuisement professionnel : cette envie de toujours aller plus haut, plus loin, jusqu’à l’effondrement.

Mais contrairement à Icare, ces sept femmes ont survécu à leur chute. Et c’est peut-être là le message le plus important de ce livre : on peut renaître de ses cendres professionnelles.

 

“À s’en brûler les ailes”

Récits de femmes sur la souffrance au travail

Éditions Dire Le Travail, 2021